Le programme d’alphabétisation fonctionnelle des femmes nigériennes

 

Le programme d’alphabétisation fonctionnelle des femmes nigériennes

 

Un projet ambitieux : analyse de la campagne d’alphabétisation des femmes au Niger de 1987 à nos jours. Quel bilan ?


L’alphabétisation fonctionnelle est généralement destinée aux adultes. Elle a pour objectif la baisse de l’analphabétisme, tout en traitant de problématiques quotidiennes comme la gestion de l’eau, de la nourriture ou des maladies.


Centre d’alphabétisation de femmes au Niger.

Au Niger, le programme d’alphabétisation intervient dans un contexte de forte croissance démographique : on compte environ 8 millions d’habitants supplémentaires entre 1990 et 2012. 

Cependant, moins de 50% de la population est alphabétisée mais seulement 15% des femmes contre 43% des hommes.

C’est dans les années 1960 que le gouvernement lance un programme d’alphabétisation en créant la Cellule d’organisation et de planification des campagnes d’alphabétisation avec pour but de réduire l’analphabétisme des communautés rurales. Néanmoins, une étude en 1985 a révélé l’inefficacité de ces programmes d’alphabétisation jugé inadapté au type de population visé. Cela a mené à la création de la Direction des programmes d’alphabétisation et de la formation des adultes (DPAFA).

Un programme dédié aux femmes

En 1987, le programme d’alphabétisation fonctionnelle des femmes nigériennes est officiellement créé, mis en œuvre par la DPAFA, appuyé financièrement par l’UNESCO et l’UNICEF entre autres. Ce programme a comme première priorité l’amélioration de la qualité de vie maternelle et infantile. En parallèle, il inclut l’apprentissage de la lecture, l’écriture ainsi que des activités génératrices de revenus. Malgré les progrès que représentaient ce programme, la langue était encore une barrière pour les femmes issues de milieux ruraux, c’est pourquoi il a été traduit afin d’être rendu plus accessible à partir de 1993. Depuis 1997, il parvient à toucher l’ensemble du territoire nigérien.

Des enseignements variés. Le programme se manifeste par la création de centres dans lesquelles les femmes accèdent à l’alphabétisation de base mais aussi à des informations essentielles sur la santé. Celles-ci étudient par exemple la santé procréative, c’est-à-dire les informations essentielles lors de la grossesse, la nutrition et la santé du nouveau-né. Elles accumulent des connaissances basiques nécessaires sur les maladies, l’hygiène, la malnutrition, les maladies courantes ou contagieuses, etc…

Une volonté d’indépendantiser

Ces enseignements sont une occasion de mettre en lumière les aspects néfastes des anciennes traditions comme le mariage précoce et/ou forcé et de prôner l’importance de la scolarisation des filles et le respect des droits de l’enfant.

Les classes sont partagées entre les jeunes filles et les femmes plus âgées. Ainsi, les plus jeunes se sentent libres de s’exprimer et n’ont pas à subir les tabous qui peuvent être générés par une pression sociale. Elles ont également l’occasion d’apprendre certaines activités leur permettant de générer des revenus et donc d’accéder à une plus grande autonomie.

Certains centres dispensent des cours sur les technologies de l’information et de la communication, notamment sur l’utilisation de téléphones portables. En dehors des enseignements, le programmes leur permet de bénéficier d’aides financières dans le cas où elles souhaiteraient entreprendre une activité génératrice de revenus.

Le programme coûte 60 dollars par an, sous la forme de leçons de trois heures, cinq jours par semaine. En complément de ces mesures, des aménagements sont prévus pour les femmes travaillant dans l’agriculture, qui ont accès à deux sessions de six mois sur deux ans.

Un bilan mitigé

 Les résultats obtenus sont plutôt encourageants. En effet, on compte environ 50 participants par centre et le nombre de centres ne cesse d’augmenter ce qui représente 132 centres supplémentaires lors de la campagne de 2012-2013 et 182 en 2013-2014. Cela correspond à plus de 9000 femmes qui ont rejoint le programme en 4 ans.

Des difficultés

 Bien que les résultats en termes d’effectifs soient plutôt positifs, le bilan total est à nuancer. En effet, l’efficacité est limitée pour de nombreuses raisons.

Tout d’abord, il y a un important manque de budget qui rend les conditions d’apprentissage relativement précaires, par manque de matériel ou à cause de l’insalubrité des infrastructures. De plus, certaines femmes sont contraintes d’amener leurs nouveau-nés qui parfois perturbent les cours.

Par ailleurs, certains chefs traditionnels confisquent les centres, mettant un frein à l’alphabétisation féminine. De cela, découle un fort taux d’abandon associé à un faible taux de réussite. Régulièrement, les maris contraignent leurs femmes à abandonner les cours au profit du travail ou de la vie de famille. D’autres fois, ce sont les filles encore très jeunes qui sont mariés et, là encore, doivent abandonner le programme.

Plus récemment, c’est la pandémie mondiale qui a eu un impact dramatique sur les programmes d’alphabétisation qui ont dû cesser. Au Niger, moins de 2% de la population a accès à internet ce qui rend impossible toute formation à distance.

De l’espoir pour l’avenir

 Malgré tout, ces centres montrent une vraie évolution et la démarche d’alphabétisation enclenchée incite l’État Nigérien à s’engager davantage en adoptant des politiques favorisant l’expansion de ces centres.

 

- R. MNT

Sources :

- U.HANEMANN Programme d’alphabétisation fonctionnelle des femmes, Niger. UNESCO Institute for Lifelong Learning, 23 juin 2015.  Consulté le 26 janvier 2021. Programme d’alphabétisation fonctionnelle des femmes, Niger | UIL (unesco.org)

- Plan d’action national d’alphabétisation et d’éducation non formelle pour 2012-2015 ; Consulté le 26 janvier 2021. REPUBLIQUE DU NIGER (unesco.org)

- O.MAMOUDOU, L’ alphabétisation fonctionnelle au Niger, 25 juillet 2017. Consulté le 26 janvier 2021. L’ alphabétisation fonctionnelle au Niger - Cogito ergo blog - Cogito ergo blog (mondoblog.org)

-O.MAMOUDOU, Centres d'alphabétisation fonctionnelle: Village de Koundigué et de Kaku (Niger), 24 juillet 2017. Consultée le 26 janvier 2021. https://youtu.be/mvPiPWh_UUo


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